Interview : principale adjointe de collège !


Pour parler de Harcèlement on a décidé à la rédac’ de te proposer l’interview d’un acteur de terrain. Une principale adjointe de collège a accepté de nous parler du Harcèlement scolaire.
Fil Santé Jeunes : Bonjour Madame la principale adjointe. Dans votre collège vous êtes sans doute confrontée au harcèlement scolaire : comment le définiriez-vous ?
Notre invitée : Le harcèlement peut se manifester de différentes manières et est souvent difficile à déceler si la situation n’est pas dénoncée. C’est, selon moi, une relation qui rabaisse, blesse, humilie, isole un élève. Un ou plusieurs autres élèves sont les auteurs de cette relation sans qu’il(s) n’en ai(en)t par forcément entièrement conscience. Le harcèlement se déroule le plus souvent devant d’autres élèves : les « témoins ». Certains rient de la situation ou y participent, d’autres peuvent être gênés pour la ou les victimes.
La majorité des adultes a du mal à s’apercevoir de ces « agressions » répétées.
Fil Santé Jeunes : Est-ce que vous avez l’impression que le harcèlement est un phénomène récent ?
Notre invitée : Je crois que cela a toujours existé. En revanche, il y a quelques années les adultes ne savaient pas comment accueillir la parole, ne savaient pas détecter le harcèlement scolaire, et ne savaient pas forcément le stopper.
Fil Santé Jeunes : Comment réagissez-vous lorsque l’on vient vous faire part d’une situation de harcèlement scolaire ? Est-ce qu’il y a un protocole particulier ?
Notre invitée : Il y a un protocole qui nous aide à réagir sur le site NonAuHarcelement.education.gouv.fr. Et dans mon collège, je réfléchis également avec la personne qui vient me parler. Nous pouvons élaborer des réponses et des stratégies qui conviendront à la victime, une fois rencontrée. Nous pouvons nous revoir régulièrement pour faire le point. Je mettrai tout en œuvre pour que la situation s’arrête. Il est important de construire une ou des réponses au plus près de la situation (au cas par cas).
Fil Santé Jeunes : Les jeunes nous disent souvent qu’ils n’osent pas parler du harcèlement qu’ils subissent par peur des représailles. Que pouvez-vous leur dire pour les rassurer ?
Notre invitée : Les représailles sont souvent le risque qui nous fait réfléchir pour trouver une solution adaptée. Certaines fois, je vais demander à d’autres élèves de confiance que je sais bienveillants de s’impliquer dans la résolution de la situation. Ainsi je ne vais pas forcément en premier lieu m’adresser aux auteurs des faits. Ce qui évite souvent le risque de représailles.
Toute situation de harcèlement est différente et donc son traitement doit être étudié. Il m’arrive de travailler en « sous-marin » avec la CPE ou l’infirmière, un professeur de confiance, avec des élèves. Tout ce que l’on met en place est concerté avec l’élève concerné et est réévalué sans cesse. La victime a elle aussi un rôle à jouer pour que cela s’arrête. Les parents sont certaines fois acteurs de l’amélioration de la situation.
Fil Santé Jeunes : D’autres craignent de ne pas être bien accueillis ou entendus. Qu’aimeriez-vous, leur dire pour les rassurer ?
Notre invitée : Il est possible que certains adultes et je pourrais aussi en faire partie, ne saisissent pas l’importance d’une demande. Mais en général des « signaux faibles » nous alertent. Et nous comprenons rapidement l’importance des révélations.
Je conseille aux élèves désirant révéler une situation de harcèlement de choisir un moment opportun où l’adulte sera disponible pour pouvoir évaluer la gravité des révélations. Pour ma part, je reçois de nombreux élèves dans ce cas et je crois qu’ils sont rassurés et soulagés lorsqu’ils voient que je prends très au sérieux leur situation. Je pourrais aussi conseiller d’accompagner la victime auprès d’un adulte, si un élève est témoin d’une situation qu’il croit pouvoir qualifier de harcèlement.
Fil Santé Jeunes : Vous parliez à l’instant de « signaux faibles », y a-t-il des signes auxquels vous ou votre équipe êtes particulièrement sensibles afin de ne pas passer à côté de situations de harcèlement ?
Notre invitée : Nous nous réunissons régulièrement avec les équipes et nous échangeons sur les situations préoccupantes d’élèves. Nous proposons un suivi particulier pour chaque élève et il est généralement satisfait. Ses parents peuvent aussi être associés.
Nous nous appuyons sur ce que l’on appelle des signaux faibles, par exemple : la baisse des notes, de plus en plus d’absences, ou de retards, l’élève ne mange plus à la cantine, il va régulièrement à l’infirmerie, il est seul dans la cour ou il n’a plus son matériel… Tout ceci nous alerte et nous préoccupe. Dans certaines situations, nous n’attendons pas que la situation soit révéler pour rencontrer un élève que l’on soupçonne en mal être.
Fil Santé Jeunes : Enfin, que conseilleriez-vous aux jeunes qui souhaiteraient aider dans la lutte contre le harcèlement ? Y-a-t’il des actions qui sont menées dans votre établissement ?
Notre invitée : Dans mon collège j’ai plusieurs élèves qui travaillent avec moi. Ils veillent à ce que la victime ne soit pas seule et isolée dans la cour et lors de la demi-pension par exemple.
D’autres élèves ont la mission de désamorcer les insultes et les moqueries. Ces « ambassadeurs » travaillent sans que les autres élèves ne le sachent. Ils viennent toutes les semaines me faire un compte-rendu. Grâce à leur implication, certaines situations s’apaisent sans avoir eu à poser des sanctions qui auraient pu avoir un effet néfaste (comme des représailles).
Les professeurs principaux sont très impliqués aussi, nous les aidons et les soutenons. Des heures de vie de classe sont aussi consacrées au climat de classe, aux relations entre jeunes et entre élèves et adultes…
Fil Santé Jeunes : Merci beaucoup Madame la Principale Adjointe d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.
Si tu es témoin, auteur ou victime de Harcèlement des solutions existent pour cela s’arrête. Une ligne téléphonique est même dédiée au Harcèlement Scolaire le 30 20. N’hésite pas à les appeler si tu as besoin d’infos !


Thursday January 01, 1970